Un témoignage incarné sur la honte et la reconstruction intérieure
L’enfance est un monde où tout se découvre à travers les regards et les mots des autres.
On se façonne, souvent sans s’en rendre compte, dans les phrases que l’on entend et les gestes que l’on observe.
Mes parents m'ont toujours protégé mais ils ne pouvaient rien faire contre le regard extérieur.
Pour moi, certains mots ont laissé une empreinte profonde.
Il y a eu ceux des enfants :
« Ah, tu as des poils sur les bras. »
« Beurk, il mange ses crottes de nez. »
« Ne t’approche pas, elle a des poux. »
Et puis il y a eu les mots des adultes.
Je me souviens de ma tante.
Elle me dit que je ne peux pas venir à la piscine chez elle.
Que je suis trop grosse.
Que ma sœur, elle, peut venir. Elle est fine.
Il y avait aussi les "tiens-toi bien", les regards qui disaient "tais-toi", "fais-toi petite".
Des regards qui faisaient comprendre, sans un mot, que je risquais de faire honte ou de me ridiculiser.
Chaque mot résonnait dans mon corps comme une vibration douloureuse.
Mes mains se crispaient, mon ventre se tordait.
Je me sentais exposée, fragile, invisible aux yeux de ceux qui comptaient le plus.
Ces remarques paraissent anodines à ceux qui les prononcent.
Mais pour celle qui les reçoit, elles tombent comme des coups.
Je me souviens de la honte.
Du rouge qui monte aux joues.
Des larmes retenues au bord des yeux.
Je voulais disparaître.
M’enfuir dans un trou, comme une petite souris.
La peur du regard des autres : un apprentissage
Avec le temps, une question s’est imposée :
Et si cette peur du regard des autres n’était pas un trait de caractère, mais un apprentissage précoce ?
En grandissant, nous nous découvrons dans le regard de l’autre.
D’abord celui de la mère, puis ceux qui se multiplient au fil du temps.
Lorsque ces regards sont jugeants ou inquiets, ils finissent par devenir intérieurs.
Quand l’amour ou la sécurité semblent conditionnels, nous apprenons à nous surveiller.
À nous adapter.
Notre besoin d’appartenance et de sécurité reste vital.
Lorsqu’il est menacé par le rejet ou le jugement, quelque chose de très archaïque s’active.
Ensemble, nous survivons.
Seul, nous risquons de disparaître.
Mes stratégies pour me libérer
Alors j’ai caché mes poils sous des tee-shirts longs.
J’ai cherché la reconnaissance dans la nourriture.
J’ai parfois fait vomir la honte d’avoir trop mangé.
Cette peur m’a aidée à me conformer.
Et peu à peu, la voix extérieure est devenue une voix intérieure.
Il m’a fallu de l’aide pour comprendre et me libérer :
- l’aide de professionnels
- des mots justes
- de petits exercices
- des prises de conscience
- le temps et la patience avec moi-même
- de l'amour de mes proches
J’ai appris que cette peur était légitime, qu’elle avait une histoire.
Mais j’ai choisi de ne plus la laisser me diriger.
Les petits pas qui changent tout
Aujourd’hui, cette solitude ne me tue plus.
Elle me permet de me voir, de m’écouter, et de m’apporter ce que j’attendais autrefois de l’extérieur.
Le regard des autres garde sa place, ce serait mentir de dire le contraire.
Mais je n’ai plus besoin de me cacher.
J’apprends à m’offrir la même bienveillance que celle que je peux offrir aux autres.
À m’aimer.
À me reconnaître.
À m’accepter.
Les petits pas m’ont permis de reprendre pied et de m’affirmer :
– choisir de garder mes cheveux au naturel, grisonnants et libres
– publier des textes et des messages avec ma voix
– écrire un livre où je me livre pleinement
– me filmer face caméra pour partager mon expérience
Chaque geste a été une victoire.
Chaque action a renforcé la confiance que je peux avoir en moi-même.
Comprendre pour se reconstruire
J’ai compris que cette peur s’apprend.
Elle s’inscrit d’abord dans le regard de ceux qui nous entourent, puis dans celui que l’on porte sur soi.
Lorsque nos liens sont fragiles ou conditionnels, nous apprenons à nous surveiller.
Notre besoin d’être accepté, de sentir que l’on appartient, reste vital.
Quand il est nourri avec bienveillance, la honte peut se transformer.
Elle devient énergie pour se reconstruire.
Marcher doucement vers la liberté
Aujourd’hui, je marche doucement.
Je m’entoure de regards bienveillants.
Je suis vue sans peur.
Et je m’offre à moi-même la même bienveillance que celle que j’offre aux autres.
C’est apprendre à exister pleinement.
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